Plongée dans les années 30

Boulogne © T. Joly
Au sud-ouest de Paris, Boulogne-Billancourt possède un important patrimoine architectural et culturel de la première moitié du 20e siècle. Le joyau en est le musée - jardin Albert Kahn, l’un des plus beaux de France, qui abrite aussi des milliers d’autochromes, les premières photographies en couleur.

[ Pratique ]

- Y aller
Les lignes 9 et 10 du métro vont à Boulogne.
- Musée des Années Trente
28 Avenue André Morizet
Tel : 01 55 18 46 42
- Jardin Musée Albert Kahn
14 rue du Port
Tel : 01 55 19 28 00
- Musée jardin Paul Landowski
14 rue Max Blondat
Tel : 01 46 05 82 69
- Parc Edmond de Rothschild
3 rue des Victoires
- Renseignements
L’office de tourisme, Boulogne-Billancourt Tourisme, propose des promenades guidées thématiques autour de la ville tout au long de l’année le samedi ou le dimanche. L'Itinéraire des Années Trente est téléchargeable sur son site internet.
Tel : 01 55 18 50 50
www.boulognebillancourt.com
Pour la plupart des touristes et même pour de nombreux habitants d’Ile-de-France le nom de Boulogne évoque avant tout le bois qui s’étend à l’ouest de Paris. Mais, c’est également une ville limitrophe de la capitale, appelée officiellement Boulogne-Billancourt, qui possède suffisamment d’attraits pour occuper très agréablement une journée entière.


Jardin Albert Kahn © T.Joly
 Superbe jardin
Le site le plus connu, ou le moins méconnu, se trouve au terminus de la ligne 10 du métro. Il s’agit du jardin et musée Albert Kahn, du nom d’un financier originaire d’Alsace. Né en 1860, marqué par les guerres franco-allemandes de 1870 et 1914-1918, il a, durant toute sa vie, œuvré pour la paix dans le monde. Pensant qu’une meilleure connaissance des populations et des cultures étrangères favorise le respect mutuel, les relations pacifiques et est ainsi susceptible de prévenir les guerres, il a de 1898 à 1931 financé le voyage de jeunes diplômés autour du monde. Par ailleurs, à partir de 1909 il a envoyé des caméramans et des photographes faire des reportages dans une cinquantaine de pays pour faire des reportages sur tous les aspects de la vie, des pratiques religieuses aux coutumes culturelles en passant par les événements politiques.


Autochrome © Musée Albert Kahn
 72 000 autochromes
Des missions qui ont rapporté 100 heures de films, 4 000 plaques stéréoscopiques, un procédé de photographie en relief, et 72 000 autochromes, les premiers clichés en couleur.
Baptisée « Les Archives de la Planète », cette collection est la plus importante du genre au monde. Un inestimable trésor culturel et ethnographique que ce musée présente au public lors d’expositions temporaires. La prochaine débutera le 17 juin et aura pour thème l’Inde. Cependant il est prévu de rendre cette incroyable collection visible en permanence d’ici quelques années. Enfin, pour symboliser la concorde entre les peuples et montrer que les êtres humains de tous les continents devraient pouvoir coexister en paix, Albert Kahn fit aménager autour de sa demeure un parc réunissant des biotopes et des créations paysagères du monde entier.



Jardin Albert Kahn © T.Joly
 Oasis de sérénité
Un jardin à la française, agrémenté d’un élégant palmarium et d’un verger avec des rosiers grimpants qui enlacent les arbres fruitiers. Une forêt vosgienne qui rappelait à Albert Kahn les paysages de son enfance. Un jardin anglais avec un pont de rocaille. Une forêt bleue qui réunit des cèdres de l’Atlas et des épicéas du Colorado. Un marais avec un petit étang envahi de plantes aquatiques dont des nénuphars. Une forêt dorée, composée de bouleaux pleureurs qui prennent une couleur jaune à l’automne. Un jardin japonais avec un pavillon de thé et deux maisons traditionnelles. Le tout entretenu de manière à avoir le même aspect qu’à l’origine. Seul changement, en 1989, le propriétaire des lieux, le Conseil Général des Hauts de Seine, a décidé d’y adjoindre un jardin contemporain rendant hommage à Albert Kahn. Créé par le paysagiste japonais Fumiaki Takano, pour être une métaphore de sa vie et de sa pensée, il se marie avec harmonie avec les autres jardins. Un oasis de sérénité et d’exotisme à seulement quelques stations de métro du centre de Paris.


Parc E.Rothschild© T.Joly
 Des arbres remarquables
Dans une moindre mesure, cette impression se retrouve dans le parc Edmond de Rothschild. Situé en bordure du Bois de Boulogne et de la Seine, il abrite lui aussi des jardins anglais et japonais aménagés autour d’un lac et entourés de vastes pelouses idéales pour pique-niquer et laisser courir les enfants. Il renferme en outre des arbres remarquables tels que platanes d’Orient, tilleul de Hollande, oranger amer du Japon et pavier blanc. Encore plus inhabituel en région parisienne, il est parfois possible d’y observer des hérons et des martins-pêcheurs qui trouvent refuge dans une partie laissée en friche. Car ce parc de 15 ha était autrefois plus vaste, mais il a connu bien des vicissitudes. Pour preuve l’état de délabrement du château du 19e siècle s’élevant juste à côté avec lequel il constituait jadis un seul domaine. Une vision que certains jugent romantique.


Quartier Les Princes © T.Joly
 Ville résidentielle
Le nord de Boulogne-Billancourt a en effet toujours été une zone résidentielle et c’est encore le cas aujourd’hui. En particulier dans le quartier des Princes, proches de Rolland Garros, où hôtels particuliers et villas sont nombreux. Mais c’est sa partie sud plus populaire et industrielle qui a fait sa prospérité sa renommée au début du 20e siècle car plusieurs activités nouvelles s’y sont alors développées. L’automobile, avec les usines Renault qui jusqu’en 1992 y ont occupé un large périmètre aujourd’hui en pleine reconversion et réhabilitation. L’aviation, avec les entreprises pionnières de Louis Blériot et des Frères Farman. Le cinéma avec la création en 1908 des studios L’Eclipse, puis ensuite des studios de Billancourt et des studios de Boulogne où ont été réalisés quelques-uns des grands classiques du cinéma français tel Hôtel du Nord ou Le Salaire de la Peur. Grâce à cet essor économique, Boulogne fut la première ville de banlieue desservie par le métro, en 1934, et de nombreux architectes vinrent y exercer leur talent, construisant bâtiments publics, villas, ateliers d’artistes ou immeubles d’habitations.


Boulogne © T.Joly
 Patrimoine architectural
Au point qu’elle possède le plus important patrimoine architectural des années 30 de France. Tous ces édifices sont répertoriés dans une brochure intitulée « Le Parcours des Années 30 » disponible auprès de l’Office de Tourisme ou téléchargeable sur internet. Passant par 29 sites dotés de panneaux explicatifs, cet itinéraire se fait en trois ou quatre heures à pied ou plus rapidement en vélo. L’opportunité de découvrir le travail de certains des plus grands architectes du 20e siècle. Tony Garnier et Auguste Perret, qui furent parmi les premiers à utiliser le béton. André Lurcat, Raymond Fischer, Georges Henri Pingusson et Norbert Mallet-Stevens qui surent tirer partie de ce nouveau matériau pour créer des bâtiments aux formes novatrices. Et enfin, le plus célèbre de tous, Le Corbusier qui installa son atelier au sommet d’un immeuble qu’il construisit à proximité du Parc des Princes, le stade de football de Paris.
Une promenade à compléter par une visite du Musée des Années Trente car plusieurs peintres, sculpteurs, marchands d’art et designers vinrent alors vivrent à Boulogne.



Musée des Années Trente © T.Joly
 Arts des années Trente
Une intense vie culturelle rappelée par ce musée qui retrace en même temps tous les grands courants artistiques de cette époque. L’art décoratif avec des céramiques et des meubles de célèbres créateurs comme Leleu et Ruhlmann. Le dessin avec des affiches de mode. La sculpture monumentale destinée à la décoration de bâtiments modernes. L’art colonial, représenté par des artistes qui ont voyagé à l’étranger avec notamment de superbes dessins réalisés par Iacovleff lors des expéditions menées par le constructeur automobile Citroën en Afrique et en Asie, la Croisière Noire et la Croisière Jaune. L’art sacré, qui revivait dans les ateliers d’artistes travaillant à la construction d’églises dans les villes détruites durant la première guerre mondiale et dans les banlieues pour évangéliser les ouvriers. Les artistes de l’Ecole de Paris, souvent originaire d’Europe Centrale. La vogue des portraits mondains illustrée entre autres par un magnifique tableau de Tamara Lempicka. La peinture figurative avec des thèmes pastoraux et de grandes fresques…. Des collections variées auxquelles vont prochainement venir s’ajouter les œuvres du sculpteur Paul Landowski, le créateur du Christ du Corcovado à Rio, dont l’actuel musée va fermer.

17 Avril 2008
Thierry Joly 



[ Souvenirs d’Empire ]


La bibliothèque Marmottan de Boulogne n’a qu’un point commun avec le musée homonyme de Paris, son ancien propriétaire, Paul Marmottan. Passionné par le Premier Empire, il a parcouru l’Europe pour visiter les sites des batailles Napoléoniennes et les lieux où l’Empereur et sa famille ont résidé. Pendant ces voyages il a également acquis meubles, objets, tableaux, livres et estampes de cette époque. Pour abriter cette collection, entre 1890 et 1920 il a fait aménager son hôtel particulier de Boulogne dans le style Empire, n’hésitant pas à décider des dimensions des pièces en fonction de ses acquisitions. Des appartements qui peuvent se visiter. Mais ce bâtiment conserve surtout près de 12 000 livres sur le Premier Empire. Des ouvrages contemporains ainsi que des documents d’époque dont des cartes, des rapports administratifs et des journaux des différents pays occupés. Tous sont consultables gratuitement. Par ailleurs la bibliothèque organise régulièrement des expositions temporaires sur des artistes du Premier Empire. Actuellement et jusqu’au 21 juin, c’est le peintre Charles Meynier, auteur de fresques mythologiques, de portraits et de scènes de batailles qui est à l’affiche.
Bibliothèque – musée Marmottan
7 place Denfert-Rochereau
Tel : 01 55 18 57 60